Rousseau, oeuvres complètes

Le projet d’une nouvelle édition des Oeuvres complètes de J.-J. Rousseau n’est pas neuf. En réalité, nombre de spécialistes songeaient à une mise à jour rendue nécessaire par les avancées de la recherche. Chaque année, un peu partout dans le monde, paraissent au moins une vingtaine de livres et des centaines d’articles qui renouvellent certaines perspectives de lecture et d’interprétation, ou révèlent quelques éléments inconnus jusqu’ici. Nulle édition savante n’est jamais définitive, l’érudition ne cessant d’approfondir la connaissance des grands auteurs. La situation est du reste la même
pour d’autres écrivains et philosophes du XVIIIe siècle : voyez les vastes entreprises semblables, toujours en cours, concernant Montesquieu, Diderot ou Voltaire.

La magistrale édition de la Pléiade, dont le premier volume a paru en 1959, a été menée par les meilleurs spécialistes de l’époque. Celle qui paraîtra en 2012, sous la direction de deux rousseauistes parmi les plus éminents, Raymond Trousson et Frédéric S. Eigeldinger, adopte une orthographe modernisée, garantie de plus grande lisibilité.

Destinée à la fois à l’honnête homme et aux spécialistes, elle s’articule sur la disposition thématique. Cette disposition a l’avantage d’offrir une lecture cohérente des ensembles, sans pour autant négliger la perspective chronologique, puisque chaque volume contient une chronologie détaillée et exhaustive des oeuvres, selon la date de composition,
ainsi que la date de première publication. Il va de soi que le retour aux manuscrits s’avérait indispensable, tandis qu’un important appareil critique, tant pour les introductions que pour les notes, en bas de pages, tient compte des apports les plus récents de la critique. Chaque volume est pourvu d’un index et les références renvoient aux volumes de la nouvelle édition.

À côté des oeuvres capitales, minutieusement revues sur les manuscrits et les éditions originales, en tenant compte des variantes significatives, une attention particulière a été portée aux minora, pour la première fois éclairées par des analyses approfondies, et à des ouvrages moins fréquentés par la critique, comme divers textes scientifiques ou les travaux de Rousseau sur la botanique, présentés dans leur intégralité, ou encore les importantes Institutions chimiques, sans oublier le Dictionnaire de musique, avec son appareil critique unique en son genre, comportant plus de 2500 notes des spécialistes les plus autorisés, Samuel Baud-Borgt, Amalia Collisani et Brenno Boccadoro. On découvrira aussi bon nombre de fragments inédits provenant des collections de la Bibliothèque de Neuchâtel, ou l’utilisation de manuscrits récemment découverts pour Rousseau juge de Jean-Jacques ou La Nouvelle Héloïse, ainsi que des traductions inédites d’Horace, Sénèque ou Strabon, ou encore des notes tirées des Oeuvres morales de Plutarque… On a eu soin aussi de joindre au Discours sur les sciences et les arts l’ensemble des réfutations des contradicteurs de Rousseau. Dans le cas des Lettres – quelque 2400 –, qui n’entraient pas dans le projet de la Pléiade, beaucoup d’entre elles ont pu être revues, non plus sur des copies, mais sur les originaux, et leur annotation a bien sûr été mise à jour. On a pu trouver quelques nouvelles lettres, élucider quelques énigmes et identifier, plus précisément, certains correspondants. Après les discussions de principes avec les Éditions Slatkine et Champion, la mise au point de la répartition des matières et le choix des collaborateurs – venus de France, d’Italie, de Belgique, du Japon, de Suisse et des États-Unis –, le travail a été mis en chantier en octobre 2008 et les oeuvres confiées à des spécialistes éminents qui tous avaient fait leurs preuves et ont respecté leurs engagements.

Le reste était affaire de rigoureuse organisation et de vigilance de la part des coordonnateurs.

Partant du point de vue que l’oeuvre la plus longue ou la plus complexe de Rousseau exigeait, pour des « rousseauistes » confirmés, trois années de travail assidu, on pouvait en déduire, ipso facto, que toutes les autres pouvaient être traitées dans le même délai.

En lançant d’emblée l’ensemble des textes à éditer, tous progressaient de front. Ajoutons que l’aide de la Fondation Wilsdorf a permis d’aplanir nombre de problèmes financiers.

Sans doute s’est-on efforcé, à partir des années 50, de se dégager des lectures interprétatives – sujettes aux modes et rapidement dépassées – et partisanes de Rousseau.

Qu’on la prétende agissante ou dépassée, la pensée de Rousseau – le pédagogue, le philosophe, l’idéologue politique – demeure vivante et, dans bien des domaines, ses idées continuent de nourrir les débats les plus contemporains.

Enfin cet homme dont les idées déchaînèrent tant de passions contradictoires, est aussi celui qui, le premier, entreprit de se faire connaître aux autres intus et in cute dans ses Confessions, modèle de toutes les autobiographies à venir. Au Que sais-je ? de Montaigne, expression apaisée de l’humanisme classique, Jean-Jacques a substitué l’angoissant Qui suis-je ? de la conscience moderne. C’est ce qui fera de lui un éternel contemporain.

Jean-Jacques ROUSSEAU / OEUVRES COMPLÈTES  / sous la direction de Raymond Trousson et de Frédéric S. Eigeldinger
et
LETTRES éditées par Jean-Daniel Candaux, Frédéric S. Eigeldinger et Raymond Trousson
(24 volumes)

ÉDITIONS SLATKINE (Genève)
en collaboration avec
LES ÉDITIONS HONORÉ CHAMPION

Disponibles en version reliée, brochée et électronique.
Renseignements et commandes: cliquez ici

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