1. Le projet de Voltaire

 

« Je peux vous assurer qu’on trompe beaucoup M. le duc de Choiseul, si on lui écrit que les Genevois souffrent ; il n’y a réellement que nous qui souffrons. On croit se venger d’eux, et on nous accable. Si on voulait effectivement rendre la vengeance utile, il faudrait établir un port au Pays de Gex ; ouvrir une grande route avec la Franche- Comté ; commercer directement de Lyon avec la Suisse par Versoix ; attirer à soi tout le commerce de Genève ; entretenir seulement un corps de garde perpétuel dans trois villages entre Genève et le Pays de Gex ; cela coûterait beaucoup, mais Genève, qui fait pour deux millions de contrebande par an, serait anéantie dans peu d’années. Si on se borne à saisir quelques pintes de lait à nos paysannes, et à les empêcher d’acheter des souliers à Genève, on n’aura pas fait une campagne bien glorieuse. »

Voltaire au chevalier de Beauteville, 10 février 1767


« Nous avons aussi des troupes dans ce petit pays de Ferney où vous n’avez vu que des fêtes, et où vous avez si bien joué le rôle du fils de Mérope. Ces troupes y sont envoyées à peu près comme les vôtres le sont en Pologne, pour faire du bien ; pour nous construire de beaux grands chemins qui aillent jusqu’en Suisse ; pour nous creuser un port sur notre lac Léman ; aussi nous les bénissons, et nous remercions M. le duc de Choiseul de rendre les soldats utiles pendant la paix, et de les faire servir à écarter la guerre qui n’est bonne à rien qu’à rendre les peuples malheureux. »

Voltaire au comte Andrei Petrovitch Chouvalov, 30 septembre 1767


« Je ne voudrais mourir que quand M. le duc de Choiseul aura bâti dans mon voisinage la petite ville de Versoix, où j’espère qu’on ne persécutera personne. »

Voltaire à Gottlob Louis, comte de Schomberg, 4 août 1769