5. La frégate royale

« M. le duc de Choiseul, qui faisait alors construire un port magnifique à Versoix sur le lac Léman, qu’on appelle le lac de Genève, y ayant fait bâtir une petite frégate, cette frégate fut saisie par des Savoyards créanciers des entrepreneurs, dans un port de Savoie près du fameux Ripaille. M. de Voltaire racheta incontinent ce bâtiment royal de ses propres deniers et ne put en être remboursé par le gouvernement car le M. le duc de Choiseul perdit en ce temps-là même tous ses emplois et se retira à sa terre de Chanteloup, regretté non seulement de tous ses amis, mais de toute la France, qui admirait son caractère bienfaisant, la noblesse de son âme, et qui rendait justice à son esprit supérieur. »

Voltaire, Commentaire historique sur les œuvres de l’auteur de la Henriade, Basle [Genève], 1776


« J’allais ces jours passés me promener en robe de chambre à Versoix. Je vis les vignes qui repoussaient, et qui disaient que ce n’étaient pas la peine de les avoir arrachées. Je vis la frégate royale que je n’avais jamais vue. Elle est réellement aussi belle qu’elle sera inutile.»

Voltaire à Louis-Gaspard Fabry, 2 juin 1771