2. Le blocus de Genève

En décembre 1766, la France de Louis XV ordonne le blocus de la République de Genève. Cette mesure drastique, mise en œuvre par le duc de Choiseul, premier ministre et chef des armées (et protecteur de Voltaire), fait suite à l’échec d’une médiation franco-bernoise pour mettre fin aux troubles entre différentes factions qui mènent la ville de Calvin au bord de la guerre civile.

Les troupes françaises s’installent dans le Pays de Gex. Cette occupation s’étend progressivement de Collonges à Versoix. Dans les tout premiers jours de janvier 1767 Voltaire reçoit l’état-major au château de Ferney et une partie de la troupe en son domaine de Tournay.

Le médiateur français, l’ambassadeur de France en Suisse Pierre de Buisson, chevalier de Beauteville, passe deux nuits au château de Ferney début janvier alors qu’il est en route pour Soleure où, comme d’autres plénipotentiaires, il a sa résidence. Voltaire souhaite lui rendre la visite et demande un passeport au résident de France à Genève, Pierre-Michel Hennin. Réponse de Hennin le 3 janvier : «Vous pouvez sans aucune difficulté passer en Suisse sans passeport. S’il en fallait un pour un Français au poste de Versoix ce ne pourrait être qu’un passeport de la Cour».

Car à l’époque, le petit village de Versoix est français, offrant une sortie sur le Léman au Pays de Gex alors qu’à quelques encablures au nord-est on entre dans le futur canton de Vaud, alors territoire bernois. Côté genevois, au sud-ouest, une enclave protestante, le hameau de Malagny, barre la route du bord du lac entre Versoix, Genthod et Pregny, près du château de Tournay, propriété aussi du seigneur de Ferney.

Mais si les troupes françaises occupent la frontière genevoise, y compris le poste de douane de Pregny, on peut donc se rendre en Suisse directement depuis Ferney sans entrer dans la République voisine. Ce qu’il faut, pourtant, est une meilleure route. En 1767 ce sera chose faite…