Florilège voltairien


« Ô homme qui ose te dire l’image de Dieu ! Dis-moi si Dieu mange, s’il a un boyau rectum ! »

Animaux « Nous ressemblons aux moutons qui bêlent, qui jouent, qui bondissent en attendant qu’on les égorge. Leur grand avantage sur nous est qu’ils ne se doutent pas qu’ils seront égorgés, et que nous le savons. »

Blasphème « Quelqu’un répand dans le monde qu’il y a un Géant haut de soixante et dix pieds. Bientôt après, tous les docteurs examinent de quelle couleur doivent être ses cheveux, de quelle grandeur est son pouce, quelles dimensions ont ses ongles : on crie, on cabale, on se bat. Ceux qui soutiennent que le petit doigt du Géant n’a que quinze lignes de diamètre font brûler ceux qui affirment que le petit doigt a un pied d’épaisseur. « Mais, messieurs, votre Géant existe-t-il ? » dit modestement un passant. « Quel doute horrible ! s’écrient ces disputeurs ; quel blasphème ! quelle absurdité ! » Alors ils font tous une petite trêve pour lapider le passant ; et après l’avoir assassiné en cérémonie, de la manière la plus édifiante, ils se battent entre eux, comme de coutume, au sujet du petit doigt et des ongles. »

Censure « Si ce livre était dangereux, il fallait le réfuter. Brûler un livre de raisonnement, c’est dire : « Nous n’avons pas assez d’esprit pour lui répondre. » »

Critique « Le plus grand malheur d’un homme de lettres n’est peut-être pas d’être l’objet de la jalousie de ses confrères, la victime de la cabale, le mépris des puissants du monde : c’est d’être jugé par des sots. »

Doute « Le doute n’est pas un état bien agréable, mais l’assurance est un état ridicule. »

Femmes « Les femmes ressemblent aux girouettes : elles se fixent quand elles se rouillent. »

Français « Premier peuple de l’univers, songez que vous avez, dans votre royaume de Frankreich, environ deux millions de personnes qui marchent en sabots six mois de l’année, et qui sont nu-pieds les autres six mois. »

Guerre « Que m’importent l’humanité, la bienfaisance, la modestie, la tempérance, la douceur, la sagesse, la piété, tandis qu’une demi-livre de plomb tirée de six cents pas me fracasse le corps, et que je meurs à vingt ans dans des tourments inexprimables, […] le tout pour les prétendus intérêts d’un homme que nous ne connaissons pas ? »

Joyau « Vous rapportez une étrange loi dans le Deutéronome, au chapitre XXV: deux hommes ont une dispute. Si la femme du plus faible prend le plus fort par son joyau, coupez la main à cette femme sans rémission. Je vous demande pardon, messieurs ; jamais je n’aurais coupé la main à une dame qui m’aurait pris par là autrefois. »

Jugement dernier « Je vis une foule prodigieuse de morts qui disaient : « J’ai cru, j’ai cru », mais sur leur front il était écrit : « J’ai fait » ; et ils étaient condamnés. […] Je voyais arriver à droite et à gauche des troupes de fakirs, de talapoins, de bonzes, de moines blancs, noirs et gris, qui s’étaient tous imaginé que, pour faire leur cour à l’Être suprême, il fallait ou chanter, ou se fouetter, ou marcher tout nus. J’entendis une voix terrible qui leur demanda : « Quel bien avez-vous fait aux hommes ? » A cette voix succéda un morne silence ; aucun n’osa répondre, et ils furent tous conduits aux petites-maisons [NDLR : asiles] de l’univers : c’est un des plus grands bâtiments qu’on puisse imaginer. »

Livres « Les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié. Ils étendent les pensées dont on leur présente le germe ; ils corrigent ce qui leur semble défectueux. »

Orgueil « Ô homme qui ose te dire l’image de Dieu ! Dis-moi si Dieu mange, s’il a un boyau rectum ! »

Rousseau « Ce monstre ose parler d’éducation ! Lui qui n’a voulu élever aucun de ses fils et qui les a mis tous aux Enfants-Trouvés. » […] Je le plaindrais s’il était pendu mais par pure humanité, car je ne le regarde personnellement que comme le chien de Diogène ou plutôt comme un chien descendu d’un bâtard de ce chien. »

Torture « Le grave magistrat qui a acheté pour quelque argent le droit de faire ces expériences [de torture] sur son prochain va conter à dîner à sa femme ce qui s’est passé le matin. La première fois, madame en a été révoltée ; à la seconde elle y a pris goût, parce qu’après tout, les femmes sont curieuses. Et ensuite, la première chose qu’elle lui a dit lorsqu’il est rentré en robe chez lui : « Mon petit coeur, n’avez-vous fait aujourd’hui donner la question à personne? »

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