Littré

LITTRE Emile (1801-1881), lexicographe, philologue et philosophe, auteur du célèbre Dictionnaire de la langue française (terminé en 1872). Initié le 8 juillet 1875, reçu solennellement par le Grand Orient de France, il plaça son travail à la loge La Clémente Amitié sous le signe et le patronage de Voltaire — l’auteur le plus cité du Littré. Il participa activement à la préparation des fêtes du Centenaire de la mort de Voltaire en 1878.


Il y a cent ans, quand Voltaire fut à l’extrémité, les cléricaux d’alors songeaient à jeter son corps à la voirie, Paris presque entier à lui faire une apothéose. Rien n’est changé. […]

Nos adversaires se plaignent amèrement que Voltaire ait parlé avec irrévérence des choses saintes, prodigué la raillerie, le sarcasme, l’injure contre les hommes et les choses théologiques, et tenté sans relâche de rendre vil et odieux ce qui est objet de respect et d’amour de la part de grandes communautés. Cela est vrai. Il est fâcheux qu’il y ait des époques où la controverse monte à ce diapason, comme il est fâcheux qu’il y ait des moments où les soldats de deux gouvernements se tuent à coups de fusil et de canon. Ainsi le veut la guerre, soit qu’elle se fasse sur des champs de bataille, soit qu’elle ait pour théâtre les croyances et les opinions. Dans leur temps, les chrétiens n’y ont pas manqué, et ils se sont acquitté en conscience du soin de ridiculiser et de déshonorer tout cet Olympe en l’honneur de qui tant de temples magnifiques étaient ouverts, tant de pompeuses cérémonies charmaient les peuples, et fumait tant d’encens. […] Toute cette polémique était commandée par la situation agressive du christianisme à l’égard du paganisme. Si c’est là son excuse, et ce l’est, pourquoi la même excuse ne serait-elle pas valable pour Voltaire et ses auxiliaires ? Croit-on que beaucoup d’âmes chez les païens ne furent pas contristées par ces insultes à leurs divinités, à qui elles avaient tout autant de dévotion que nos catholiques en ont pour les objets de leur culte ? Tout est pareil. Et quand on fait aujourd’hui grand bruit du langage moqueur et injurieux des polémiques du XVIIIe siècle, on est en droit de dire aux plaignants, en se rappelant ce qu’ils ont fait jadis en même situation : Patere legem quam ipse fecisti [Accepte la loi que tu as toi-même faite].

[…] On a dit, historiquement parlant, que Voltaire, ayant été de ceux qui défont, et non de ceux qui refont, ne méritait qu’un rang secondaire parmi les ouvriers du grand développement social. Je ne puis accéder à ce jugement. Il a établi dans les âmes modernes la tolérance comme un attribut définitif pour l’humanité ; et ceci est, pour l’adoucissement des mœurs et la jouissance de la vie commune, un service dont le prix ne peut s’estimer trop haut. L’acquisition d’une vertu sociale est une grande chose. Cette grande chose est l’œuvre de Voltaire. C’est là son titre éminent au souvenir et à la reconnaissance de l’universalité des hommes.


 

« Le centenaire de Voltaire au point de vue de la philosophie positive », in La Philosophie positive, juillet-décembre 1878.

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