Roucher

ROUCHER, Jean-Antoine (1745-1794), poète précoce et doué, auteur d’un poème en douze chants intitulé Les Mois (1779). Admirateur de Voltaire et de Rousseau, ami de Turgot, familier de Mme Helvétius et de Benjamin Franklin. Visiteur de la Loge des Neuf Sœurs, puis membre initié (novembre 1778). Il peut figurer ici à trois titres.


1) Il est l’auteur d’un Chant de triomphe en l’honneur de Voltaire sur son retour, écrit dès février 1778, récité dans une séance des Neuf Sœurs le 31 mars :


 

[…]

Modérons toutefois nos transports d’allégresse :

Épargnons un vieillard, hélas ! prêt à périr.

Il s’écrie, affaibli par un excès d’ivresse :

« Ils veulent me faire mourir ! »

 

Mais non, non ! Radieux, il sort du Capitole,

Et d’un plus doux triomphe il obtient la faveur :

Au devant de son char, tout un peuple qui vole

Des Calas chante le sauveur.

 

Maintenant que Voltaire, après cette victoire,

Aille enfin dépouiller la frêle humanité !

Le destin s’essayait, par ce grand jour de gloire,

Au grand jour de l’Éternité.


2) Un morceau de protestation contre le refus de sépulture, écrit pour entrer dans les Mois, au chant Janvier, fut récité aux Neuf Sœurs lors de la tenue funèbre du 28 novembre 1778, et repris aussitôt après acclamation générale :


 

Que dis-je ? Ô de mon siècle éternelle infamie !

L’hydre du fanatisme, à regret endormie,

Quand Voltaire n’est plus s’éveille et lâchement

À des restes sacrés refuse un monument.

Eh ! qui donc réservait cet opprobre à Voltaire ?

Ceux qui, déshonorant leur pieux ministère,

En pompe, hier peut-être, avaient enseveli

Un Calchas, soixante ans par l’intrigue avili,

Un Séjan, un Verrès qui, dans des jours iniques,

Commandaient froidement des rapines publiques.

Leur règne a fait trente ans douter s’il est un dieu ;

Et cependant leurs noms, vivants dans le saint lieu,

S’élèvent sur le marbre et, jusqu’au dernier âge,

S’en vont faire au ciel même un magnifique outrage.

Et lui, qui ranima par d’éclatants succès

L’honneur déjà flétri du cothurne français,

Lui qui nous retira d’une crédule enfance,

Qui des persécutés fit tonner la défense,

Le même en qui brillaient plus de talents divers

Qu’il n’en faut à cent rois pour régir l’univers,

Voltaire n’aurait point de tombe où ses reliques

Appelleraient le deuil et les larmes publiques !

Et qu’importe après tout à cet homme immortel

Le refus d’un asile à l’ombre de l’autel ?

La cendre de Voltaire, en tout lieu révérée,

Eût fait de tous les lieux une terre sacrée.

Où repose un grand homme, un dieu vient habiter.


3) Il composa en 1785 un hymne pour une tenue funèbre des Neuf Sœurs réunie à l’occasion de la mort du comte de Milly, mais qui évoquait les pertes récentes de la loge — dont celle de Voltaire dont un transparent portait encore l’effigie :


Qu’êtes-vous devenus, enfants de la Lumière,

Qui faisiez de ce Temple et l’amour et l’orgueil ?

 

Au milieu de votre carrière,

Tombés sous la faux meurtrière,

Vous voilà descendus dans la nuit du cercueil :

Nous n’embrassons qu’une poussière

Sourde et muette à notre deuil.

 

Qu’êtes-vous devenus, enfants de la Lumière,

Qui faisiez de ce Temple et l’amour et l’orgueil ?

 

Vous vivez à jamais, vous vivez pour la gloire ;

Les œuvres du génie ont désarmé le temps :

Le jour de votre mort fut un jour de victoire :

Il a conquis à vos talents

Une éternité de mémoire.

 

Vous vivez à jamais, vous vivez pour la gloire.

 

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