Marquis de Luchet

LUCHET, Jean Pierre Louis de La Roche du Maine, marquis de (1739-1792), journaliste, essayiste, auteur d’une Histoire littéraire de M. de Voltaire en six volumes (Cassel, 1780-1781). Membre de la principale loge de Cassel. Reçu à Ferney en 1775, il y fut hébergé plusieurs mois. Publia en 1789 un Essai sur la secte des illuminés.


 

[…] Les partisans de M. de Voltaire lui font honneur et ses ennemis l’accusent de la plus importante de toutes les révolutions, celle qui a substitué l’esprit philosophique à la crédulité. Sans doute, c’est en partie son ouvrage, et le plus beau présent qu’il ait fait aux hommes. Heureux s’il l’avait épuré, si, rejetant l’ironie et le sarcasme, il eût respecté cet édifice sacré, mélange impénétrable de mystères, de prophéties, de leçons allégoriques, grands objets souvent inutiles à notre faible raison et toujours son écueil. Mais abandonnant à ses ennemis quelques feuilles imprudentes, éloignons à jamais ces reproches calomnieux d’athéisme et d’impiété. Non, non, il n’est pas athée, celui qui a dit :

Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer.

Il admirait comme nous ce brillant amas de merveilles qui composent ce grand Tout qu’on appelle l’Univers, la succession immuable des saisons, la sage retenue des éléments, la docilité des mers, le génie divin de l’homme, la conservation des milliers d’individus, miracle existant contre lequel viendra toujours se briser l’incrédulité du théiste ; il savait que tant de prodiges ne sont pas l’ouvrage de l’aveugle hasard et qu’une main éternelle a tracé la marche des temps et l’ordre des choses ; mais autant il est juste de tomber aux pieds de celui qui pour trône a le Soleil, et la Terre pour marchepied, autant il est permis de ne pas confondre les idées commencées des créatures avec l’accomplissement des volontés suprêmes de l’Etre suprême. Peut-être sa raison l’abusait ! Mais il s’écriait quelquefois : Dieu n’a pas soumis ma pensée à celle de mes semblables, égarés tout ensemble sur la route des probabilités, cherchant dans les déserts le temps de la vérité. Heureux celui qui le premier en verra les sacrés portiques, mais quelle main a le droit d’enchaîner les pas de quiconque va implorer sa lumière ?

Malgré les écarts d’une imagination trop vive, qui mettait quelquefois la plaisanterie à la place du raisonnement, il respectait l’autel, mais il souhaitait qu’il ne fût pas desservi par des milliers de lévites oisifs ou inquiets. Il adoptait la loi, mais il résistait aux interprétations arbitraires, aux commentaires obscurs ; il se soumettait à ce tribunal puissant qui juge l’Univers, mais il a quelquefois appelé de ses arrêts à la Raison et surtout à la Nature, dont les principes émanés de Dieu même sont infaillibles comme lui. Enfin, ne pouvant renverser tout à fait les vieilles idoles du préjugé (auxquelles on a tant de fois immolé la justice et l’humanité), il s’est au moins efforcé de les mutiler, de les déshonorer, pour les rendre sans prix aux yeux de la multitude trompée. […]


 

Eloge de M. Arouet de Voltaire, à Paris, 1778

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